musée du diocèse de lyon

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consécration de l’Eglise Notre-Dame de Beaujeu

1076

 

 

 

 

 

En l’année de l’Incarnation du Seigneur 1076…………………………le 11………, le 5 des calendes……, Pâques, les calendes d’avril, jour de Pâques, le 6 des ides d’avril…..…,

 

et en ce samedi 6 des ides de décembre, a été consacrée la sainte église de Dieu située dans le château de Beau Jeu par ces trois personnes, à savoir le seigneur Hugues vénérable évêque de Die, seigneur Gébuin archevêque de Lyon et Landry éminent évêque de Macon.

 

L’autel majeur a été consacré en l’honneur de Marie, la sainte Mère de Dieu toujours vierge, et de toutes les saintes vierges, par les trois personnes susdites.

L’autel sur la partie sud a été consacré en l’honneur de quatre Evangélistes par seigneur Gébuin, archevêque de Lyon.

L’autel sur la partie nord a été consacré en l’honneur de trois vertus par seigneur Landry évêque de Macon.

En ce temps-là seigneur Hugues, évêque de Die, était légat du siège apostolique ; par la suite il fut archevêque de Lyon et pareillement légat.

 

Paix éternelle, sagesse de Dieu venue en ces temps qui sont les derniers au secours des êtres corporels que nous sommes dans un monde en danger, puissance venue arracher l’homme prisonnier de la tyrannie du démon grâce à nombre prédications et miracles, ensuite mort d’une mort volontaire, il détourna l’homme de la mort perpétuelle, il est monté au ciel, d’où il intercède pour nous, il s’est assis à la majesté du Père, il a semé grâce aux apôtres et à leurs successeurs des germes de salut sur la terre, dont la récolte multiple en fidèles abonde aux quatre coins de la planète.

 

Ainsi cette Eglise, des hommes éminents prenant la suite des apôtres grâce à l’enseignement de très nombreux docteurs célestes et de témoins innombrables de la foi catholique, ils l’ont fondée par leur prédication et leur mort ; ils l’ont répandue à travers les peuples, détruisant totalement les royaumes des idoles, les cultures et les temples idolâtres, établissant des Eglises dans les villes et les cités, les bourgs et les hameaux, par le monde entier.

 

Ils ont organisé ces Eglises en patriarcats et provinces, archevêchés et évêchés, avec divers offices et fonctions, à savoir des prêtres (sacerdos) et des lévites, des chanoines et des moines, des consacrées au Seigneur et des veuves, et tous les autres offices ecclésiastiques.

 

Par la suite rois et princes avec plusieurs hommes fidèles les ont enrichies par des propriétés, des équipements et de très grands bénéfices, grâce auxquels jusqu’à présent ont vécu les troupeaux du Seigneur en communauté selon la règle au service de Dieu et de ses saints, puis ont secouru pauvres, veuves et orphelins.

 

Imitant donc leurs exemples, selon nos possibilités, nous, Hugues, Guichard et Etienne, avec nos fils et filles de Beaujeu, nous accordons et, ce qui plus vrai, nous rendons églises et terres que Béraud, avec leurs fils et filles, nos parents, ont accordé aux clercs servant Dieu en notre oratoire, qui est grandement vénéré sous le patronage vénérable de la Mère de Dieu et de plusieurs saints, comme on le constate dans la liste suivante de leurs reliques.

 

Reliques des saints que Bérard, Vandelmode et Humbert nous ont amenées de Rome et de divers lieux :

 

en premier des cheveux et des chaussures de sainte Marie,

du vêtement dont elle était vêtue lorsque le Saint-Esprit la couvrit de son ombre,

du vêtement et de la barbe de saint Pierre,

d’un morceau de pouce de saint Paul,

du petit doigt de l’apôtre saint André,

du vêtement de sainte Cécile,

des cheveux de sainte Marguerite,

des pierres de saint Etienne et de son tombeau,

du vêtement de saint Maurice,

du vêtement de saint Laurent,

de saint Priest,

du bois du Seigneur et de son sépulcre,

de saint Benoît,

de saint Martin,

de saint Alban,

de saint Romain,

des sept flambeaux,

des saints Marcel et Pierre,

de deux dents de saint Brice,

d’une dent de saint Sébastien,

des os de Marcellin,

de saint Bartholomée,

de la croix du Seigneur et de son sépulcre,

de sainte Marie

du vêtement des saints apôtres Pierre et Paul et André,

sans oublier de saint Jean Baptiste,

du sang de saint Etienne,

de saint Maurice et de ses compagnons,

des saints Véran, Pancrace, Léoperculus, Clément, Cyr, Sulpice, Côme, Georges, Jouin, Vincent, Saturnin, Donat, Ennemond, Germain, Aignan, Christophe,

de saint Hermagore, archevêque et martyr de la cité Aquilée,

du vêtement du bienheureux Maiolus, abbé de Cluny,

de plusieurs saints dont les noms nous sont inconnus, mais sont inscrits dans le livre de vie.

 

Une part de ces reliques, le seigneur pape les donna à Augustin abbé, duquel nos aïeux les ont acquises.

 

 

Par l’autorité donc de seigneur Drogon, notre évêque, et sur son ordre, à l’ombre de Dieu, de sa sainte Mère et des patrons susdits, nous souhaitons et exigeons que soient placées en l’église de notre château et attribuées aux chanoines qui y servent en permanence Dieu et les saints, les églises et les terres avec toutes leurs appartenances, comme on les décrit ci-dessous, et qu’ils les aient en communauté pour leur usage, de sorte que rien, que ce soit en service, soumission ou coutume, ne leur soit réclamé plus tard, à eux et à leurs successeurs, par nous ou nos parents, actuels ou futurs.

 

Si jamais quelqu’un ose chercher auprès de notre évêque à supprimer ou posséder, ou auprès de quiconque plus tard, qu’on prononce envers lui l’anathème, comme nos pères et aïeux ont déjà voulu le faire lors de leur donation de jadis, comme on le lit dans les éphémérides.

 

Les églises et terres avec leurs attenants, avec villages et vignes, avec prés et bergeries, avec maisons et bois, voilà ce que Béraud, Vandelmode et Humbert avec son épouse Hemelt et leurs fils et filles ont donné à Sainte-Marie et aux reliques des saints susdits et aux clercs qui les conservent :

 

en premier l’église de Stopis dédiée à saint Martin et aux bienheureux Jean le Baptiste et Jean l’Evangéliste, avec les biens et dîmes qui vont avec,

ensuite la maison de Vaureilles avec vignes, et jardins, prés et bergeries, la moitié de moulin, le cours d’eau voisin et les attenants,

le jardin sur le terrain de Jean, leur propriété, avec la maison décrite ci-dessus même par injustice,

la maison de Planetus avec toutes ses dépendances, et le jardin de Vanérolles, propriété de Constantius et Durand,

un autre jardin ici même, propriété de Bertrand, un jardin avec vigne et pré, et la moitié du moulin susdit,

un jardin situé à Beauchamp, propriété de Durand,

au même endroit à Beauchamp un clos seigneurial et son jardin, propriété de Contantinus Orbus, et le pré à côté,

au même endroit une vigne, que seigneur Guichard a donnée pour célébrer des messes,

une bergerie située au-dessous de son clos, près d’Arderiam, que Vuandalmode, sœur de seigneur Guichard, a donnée à l’Eglise,

dans le village d’Ornacus un jardin, propriété de Gondomus,

dans le village de Planeis dix jardins avec terres attenantes, vigne et pré,

dans le village des Arderolles un jardin, propriété de Galmarus,

un pré dans le village de Verneia, que Ardebaldus mourant a donné à Sainte-Marie,

dans le village d’Andilly un jardin avec pré et terres attenants,

deux bouts de vigne dans le village d’Ornacus, que Bernard de Castellone mourant a donnés à Sainte-Marie,

dans le village de Bruerias une bergerie, que Barnard, frère de Barnald, avec son accord, a donnée à l’Eglise pour sa sépulture,

dans le village de Planeis une modeste vigne, propriété d’Arbaldus,

dans le village de Bome un jardin avec vigne et terres, propriété de Béraud,

au même endroit une modeste vigne, propriété de Gilbert,

dans le village d’Ecole une vigne qu’a donnée à l’Eglise susdite et au couvent une femme nommée Gilberga, pour sa sépulture,

dans le même village deux bouts de terre situés ailleurs.

 

 

 

 

 

NOTES

 

 

dies XI... ; le 11 : manuscrit, ou sa copie, incomplet

V kl........pasch. kl april. dies pasch. ; le 5 des calendes……, Pâques, les calendes d’avril, jour de Pâques : le 5 des calendes d’avril est le 27 mars, soit le dimanche de Pâques en 1076

VI id. april ; le 6 des ides d’avril : le 6 des ides d’avril est le 8 avril, soit le 2ème dimanche après Pâques en 1076

die sabbati VI idus decembris ; samedi 6 des ides de décembre : le 6 des ides de décembre est le 8 décembre, soit un samedi en 1076

 

ecclesia : désigne aussi bien l’église que l’Eglise (communauté ecclésiale). Voir IOGNA-PRAT Dominique, 2006, La Maison-Dieu. Une histoire monumentale de l’Eglise au Moyen Age

 

Ce manuscrit, dont la copie date du début du XVIIe siècle, comporte des incertitudes sur les dates. Pour certains la fondation de l’Eglise de Beaujeu remonte au Xème siècle avec une communauté de prêtres dès 940, pour d’autres au milieu du XIème siècle, entre 1060 et 1064 par Guichard II, sire de Beaujeu. En 1070 le pape Alexandre II accorde sa protection à l’Eglise de Beaujeu. A leur retour de Rome Béraud, son épouse Vandelmode, leur fils Humbert, font construire une église pour honorer les reliques qu’ils ramènent et dont une partie leur a été donnée par le Pape. Hugues, Guichard, Etienne confirment la donation de leurs aïeux. En 1076, le 8 décembre, l’église est consacrée par Gébuin, Landry et Hugues. L’église est érigée en Collégiale par Hugues devenu archevêque de Lyon.

 

Ce manuscit comporte aussi des incertitudes sur des filiations qui sont parfois contestées.

 

Il indique plusieurs actes qu’on peut établir selon cette chronologie :

-      les donations de Béraud et ses enfants à l’Eglise de Beaujeu,

-      la confirmation des donations de Béraud et ses enfants, par Hugues, Guichard, Etienne, et leurs enfants, sous l’épiscopat de Drogon, évêque de Macon entre 1059 et 1073,

-      la liste des reliques ramenées de Rome par Béraud, Vandelmode et Humbert,

-      la liste des biens donnés par Béraud, Vandelmode et Humbert avec son épouse Hemelt et leurs fils et filles à l’Eglise de Beaujeu,

-      la consécration de l’église le 8 décembre 1076 par Gébuin archevêque de Lyon de 1077 à 1081, Landry évêque de Macon de 1073 à 1096, et Hugues évêque de Die 1074 à 1082, date à laquelle il devient archevêque de Lyon.

 

 

 

DOCUMENTS

 

 

-      texte latin

o    GUIGUE Marie Claude, 1864, Cartulaire de l'église collégiale Notre-Dame de Beaujeu, pp.38sq (Archives du Rhône. Fonds du chapitre de Beaujeu. Copie du commencement du XVIIe siècle)

 

-      PARADIN Guillaume, 1573, Mémoires de l’Histoire de Lyon, pp.121sq

 

-      LA MURE Jean Marie (De), 1675, Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, Volume 1, éd.1809, p.123

 

-      EXPILLY Jean Joseph, 1763, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, vol.1, Beaujeu

 

-      Base des Collégiales séculières de France (816-1563), Notre-Dame de Beaujeu

 

-      Archives du Département du Rhône, Chapitre Notre-Dame-de-Beaujeu (XIè s.-1791)

 

-      voir notice sur la bulle d’Alexandre II

 

 

m.philippon