musée du diocèse de lyon

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Prêtres Ouvriers

1945-1966

 

C’est dans le contexte de la défaite de 1940, de l’ « occupation » par les allemands, des camps de prisonniers, des maquis et de la « libération » que se situe la naissance des « prêtres ouvriers ». Depuis quelques décennies beaucoup de chrétiens s’inquiètent de la perte d’influence de l’Eglise catholique en France, de l’ignorance du message chrétien par des pans entiers de la population, particulièrement du « monde ouvrier ».

 

Les opinions divergent sur le diagnostic et les solutions : dans le diocèse de Lyon, on peut noter le courant dit du « catholicisme social », le Prado du Père Chevrier, les premières équipes de la J.O.C., la « mission » au Transval (Notre-Dame-Saint-Alban), etc. Des prêtres avaient travaillé en « monde ouvrier », comme Michel LEMONON mineur de fond à Saint-Etienne (1935-1936), mais les « expériences » restaient confidentielles.

 

En juillet 1941 s’ouvre à Lisieux le séminaire interdiocésain de la Mission de France, à l’initiative du Cardinal Suhard pour « abattre le mur » qui sépare l’Eglise d’une partie de la société.

 

En 1943 paraît le livre de DANIEL et GODIN, France, pays de mission ?. Les auteurs font ce constat : la pastorale des œuvres catholiques (écoles, sociétés de gymnastiques, patronages, etc.), ou celle des mouvements, spécialement d’Action catholique, malgré leurs actions au quotidien, leurs congrès nationaux et internationaux, ne semblent pas parvenir à la « reconquête des masses », encouragée par des actes hautement symboliques comme la canonisation de Jeanne d’Arc (1920) ou l’instauration de la fête du Christ Roi (1925). Les auteurs proposent d’inverser la démarche : non pas faire (re)venir les autres mais aller vers eux.

 

Ayant partagé la même existence que leurs camarades au Service du Travail Obligatoire, dans les camps de prisonniers ou les maquis de la Résistance, une génération de séminaristes et de prêtres est de plus en plus convaincue que l’annonce de l’Evangile du Christ suppose une proximité de vie, au cœur d’un quartier, au travail en usine, hors des murs des cures.

 

A Paris, c’est avec les prêtres de la Mission de Paris (1944) que se pose pour plusieurs prêtres la question de « partir au travail », à Lyon c’est surtout, mais pas uniquement, autour des prêtres du Prado, dont Mgr ANCEL, auxiliaire de Lyon, est supérieur général.

 

Ainsi, dans le cadre de la Mission Ouvrière Jésuite à Lyon, Joseph GALTIER (1897-1969) et Paul MAGAND (1899-1969) sont envoyés au travail.

 

En 1945, une petite communauté de Prado s’installe rue Paul Bert sans que ses deux membres, un prêtre et un séminariste, ne travaillent.

 

En 1946, le Prado installe la Mission de La Part-Dieu avec comme responsable René DESGRANDS, ouvrier chez Durrschmidt, Paul GUIBERT, manœuvre chez Sigma, et Jean TARBY, métallurgiste.

 

Plusieurs prêtres obtiennent du cardinal GERLIER la possibilité de partir travailler, ce qui sous-entend l’abandon de la soutane, une journée rythmée par le travail et non les activités sacerdotales, souvent un logement « en ville » », progressivement la participation à des activités et œuvres non confessionnelles, etc. C’est moins le fait de travailler qui marque une rupture (comme les moines ou les enseignants des collèges catholiques) que les conditions de ce travail « en monde ouvrier ».

 

Ainsi partent travailler :

-      Maurice COMBE, du diocèse de Lyon, en 1949, dans la métallurgie stéphanoise,

-      Paul GUIBERT, du diocèse de Soissons, membre du Prado, en 1949,

-      Georges CULON, du diocèse de Grenoble, en 1949, dans la métallurgie,

-      Jean TARBY, du diocèse de Saint-Claude, membre du Prado, en 1949, dans la métallurgie,

-      Louis MAGAT, du diocèse de Lyon, en 1950,

-      Joseph GOUTTEBARGE, du diocèse de Lyon puis de la Mission de France, en 1951 à Givors,

-      Albert GUICHARD, de la Mission de France en 1953,

 

(voir notice sur les personnes)

 

 

En 1951, un « directoire » est rédigé par les évêques de France ayant des prêtres au travail dans leur diocèse, pour donner à ceux-ci « un certain nombre de permissions et de garanties, en même temps qu’il leur présentait des exigences » (ANCEL, 1963, p.34). Le 22 septembre Mgr ANCEL envoie une longue lettre explicative aux prêtres au travail du diocèse de Lyon. La plupart n’acceptent pas ce directoire

 

En 1951 le cardinal GERLIER demande au Père VEY, curé de la paroisse Saint-Bernard de la Croix-Rousse de faire le lien entre lui et les prêtres ouvriers : il veillera à leurs conditions de vie matérielle, morale et spirituelle.

 

Au printemps 1953, Mgr ANCEL, avec le soutien du cardinal GERLIER, se prépare à demander au Vatican l’autorisation de travailler lui aussi en entreprise, pour mieux comprendre les problèmes de ces prêtres « en condition ouvrière ». Cette démarche est stoppée à l’annonce de la sortie imminente d’un document romain interdisant le travail des prêtres.

 

Le 15 novembre 1953 les cardinaux LIENART, GERLIER et FELTIN, à leur retour de Rome, publient une déclaration qui précise les conditions d’exercice du ministère des prêtres au travail car « après dix ans d’existence, l’expérience des prêtres-ouvriers telle qu’elle a évolué jusqu’à ce jour, ne peut être maintenue dans sa forme actuelle ». Il est demandé que ces prêtres soient choisis par leurs évêques, qu’ils aient une solide formation doctrinale, travaillent à temps partiel, qu’ils ne prennent pas de responsabilités temporelles, qui incombent aux laïcs, qu’ils participent à la vie d’une paroisse.

 

Le 19 janvier 1954 les évêques concernés par des prêtres ouvriers dans leurs diocèses leur écrivent une lettre circulaire limitant la durée de travail journalier à 3 heures, interdisant l’adhésion à des organisations, demandant le rattachement de chacun d’eux à une équipe sacerdotale et supprimant l’équipe nationale des prêtres-ouvriers (PO), ces décisions prenant effet le 1er mars.

 

Le 2 février, plusieurs prêtres ouvriers, dont dix du diocèse de Lyon, publient une déclaration de solidarité avec le monde ouvrier, qui est reproduite dans plusieurs journaux.

 

(voir texte de cette déclaration)

 

Le 1er mars 1954 est publiée l’interdiction par Rome des prêtres ouvriers.

 

Des prêtres ouvriers refusent les conditions qui leur sont demandées (ne pas avoir d’activités syndicales ou politiques, par exemple), ce sont les « insoumis ». Parmi eux plusieurs membres du Prado, de la Mission de France en ministère dans le diocèse de Lyon, des prêtres du diocèse de Lyon.

 

Henri DENIS, prêtre du diocèse de Lyon et professeur de théologie, sera l’invité du groupe des « insoumis » qui se réunit autour de Bernard CHAUVEAU.

 

En juin 1954, le cardinal OTTAVIANI, responsable du Saint-Office, autorise Mgr ANCEL à vivre dans une communauté de quartier, avec Jean GUILLAUME, prêtre, qui est autorisé à travailler trois heures par jour dans une petite entreprise selon les directives romaines puis à plein-temps, et H.COOLS, frère du Prado autorisé à travailler en usine, rejoints par Robert LEBEGUE (1924-1998), prêtre, et deux frères du Prado, R.POVOLI et Jean GIRETTE (1899-1987) ancien directeur SNCF ; lui-même est autorisé à travailler de ses mains, en restant à domicile. En accord avec l’équipe locale de l’Action Catholique Ouvrière, cette communauté s’installe dans le quartier de Gerland à Lyon en octobre 1954.

 

Un communiqué de la Semaine Religieuse de Lyon, daté du 15 octobre 1954, annonce la fondation de cette communauté avec Mgr Ancel.

 

(voir texte de ce communiqué)

 

Cette même année, la Mission de France reçoit de Rome le statut de diocèse avec le cardinal LIENART comme évêque jusqu’en 1964.

 

Le 25 janvier 1959, le nouveau pape JEAN XXIII annonce la convocation d’un concile pour poursuivre l’œuvre inachevée du concile précédent et invite l’Eglise à une mise à jour (aggiornamento) par un retour aux sources évangéliques de la foi chrétienne.

 

Le 3 juillet 1959 le cardinal PIZZARDO envoie une lettre au cardinal FELTIN, président de la Mission Ouvrière, où est précisée l’interdiction aux prêtres de travailler en usine ou sur un chantier. Cette lettre, confidentielle, est rendue publique dans le journal Le Monde du 15 septembre 1959. Les archevêques et évêques concernés réagissent alors en publiant un communiqué. Cette lettre est ensuite publiée dans La Documentation Catholique d’octobre.

 

(voir texte de ce communiqué)

 

Deux prêtres obtiennent l’autorisation du cardinal GERLIER, de Mgr VILLOT, son nouvel auxiliaire, de Michel VIAL, directeur des œuvres de l’époque et futur évêque de Nantes, et de Mgr ANCEL, de poursuivre leur activité salariale dans un secteur « social », sans le proclamer :

 

-      Claude FAURE, au travail depuis 1957, qui quitte la métallurgie pour entrer dans un hôpital catholique,

-      Joannès MORETTON, au travail depuis 1957, qui quitte l’entreprise d’ébénisterie pour entrer à la Sécurité Sociale.

 

Le 23 octobre 1965 un communiqué de l’épiscopat français annonce que le Vatican, à la date du 20 octobre 1965, autorise les évêques à envoyer des prêtres au travail à temps plein, après un temps de formation, dans un nombre limité et pour une expérience de 3 ans.

 

La Mission Ouvrière, qui depuis 1954 organise des rencontres de prêtres au travail à temps partiel, est chargé de l’envoi au travail. L’expérience des 3 ans est prolongée à partir de 1968 et l’équipe nationale des prêtres ouvriers reprend son activité.

 

A Lyon, plusieurs prêtres sont « envoyés au travail » à partir de 1966 : ils sont répertoriés dans l’Annuaire diocésain à la rubrique « prêtres en ministère spécial » qui devient celle des « prêtres-ouvriers » ; cette rubrique se distingue de celles des prêtres « en situation professionnelle » ou « en ministère particulier » qui n’ont pas été « envoyés au travail » à proprement dit ou ne sont pas liés à la Mission ouvrière.

 

 

 

 

 

 

DOCUMENTS

 

 

-      ANCEL Alfred, 1963, 5 ans avec les ouvriers. Témoignage et réflexions

 

-      ANDRIEU Pierre, 1960, Histoire des prêtres ouvriers

 

-      Archives nationales : dossier les Insoumis

 

-      ARNAL Oscar L., 1992, Prêtres en bleu de chauffe. Histoire des prêtres ouvriers (1943-1954), édition américaine 1986

 

-      BOUDON Jacques-Olivier, THELAMON Françoise (dir.), 2006, Chrétiens dans la ville

 

-      BOUTEILLE Samuel, 1997, Les Prêtres-Ouvriers à Saint-Etienne (1949-1964), mémoire de maîtrise en Histoire, Université Jean Monnet, Saint-Etienne

 

-      MACHILLOT Hélène, Prêtres et religieuses en monde ouvrier à Lyon, après 1945, mémoire

 

-      Mission ouvrière jésuite

 

-      RAFFIN Anne, 1989, Itinéraires de trois prêtres ouvriers lyonnais de 1945 à nos jours, mémoire de maîtrise en Histoire, Université Lyon II

 

-      COLE ARNAL Oscar L., 1992, Prêtres en bleu de chauffe: histoire des prêtres-ouvriers, 1943-1954

 

-      SUAUD Charles, VIET DEPAULE Nathalie, 2004, Prêtres et ouvriers: une double fidélité mise à l'épreuve, 1944-1969

 

-      VALLIN Pierre, Prêtres et ouvriers, Esprit et Vie, 2004/110

 

-      Site Histoire des prêtres ouvriers

 

-      voir aussi notice sur Francis LAVAL

g.decourt